Publié le vendredi 18 juillet 2008

Le sentiment d’insécurité

18 07 2008

Statistique Canada a rendu publique les dernières données sur le taux de criminalité. Il n’a jamais été aussi bas depuis trente ans. Pourtant, la population est de plus en plus insécure. Pourquoi?

Le Québec est avec l’Ontario la province où le taux de criminalité est le plus bas depuis quatre ans. En fait, depuis longtemps, la criminalité baisse sans cesse au Québec. À Québec, il n’y a eu aucun homicide en 2007. À Montréal, le taux a baissé de 14% entre 2006 et 2007. Les crimes qui augmentent le plus sont reliés à la drogue et à la conduite avec facultés affaiblies. Ceux qui ont le plus baissés sont les crimes qui touchent le plus la population comme les introductions par effraction, les vols de véhicules et les vols de moins de 5,000$. C’est quand même bizarre de constater que moins il y a de crimes, plus nous nous sentons en danger. J’y vois trois explications : la place des faits divers dans les médias, l’intérêt accru des politiciens pour la sécurité et le manque de solidarité sociale.

Il y a 20 ans, on ne parlait des faits divers qu’à la radio, dans le Journal de Montréal et la presse spécialisée comme Allo police. Puis est arrivé TQS il y a 15 ans qui s’en est fait une spécialité. Depuis, compétition oblige, TVA et Radio-Canada ont fait de plus en plus de place aux faits divers. En plus, presqu’à chaque jour on nous montre des images insoutenables de carnages sanglants au Moyen-Orient, au Darfour ou n’importe où il y a des conflits armés. Cela provoque une perception déformée de la réalité qui nous fait penser qu’il y a de plus en plus de crimes et de violence parce que les médias en parlent de plus en plus. Je ne les accuse pas, ils font leur travail. Mais ils ont une grande influence sur nos perceptions. Depuis 2001 c’est pire, car la peur ne vient pas seulement du crime mais aussi du terrorisme diffus et sournois. On ne sait jamais quand ça va nous sauter dans la face.

Quel beau cheval de bataille pour les politiciens. Plus la population est insécure, plus ils se font rassurants en nous promettant de prendre les mesures nécessaires pour assurer notre sécurité. Aux États-Unis, George W. s’est fait réélire sur cette seule promesse après les attaques du 11 septembre. Ici, même si les Conservateurs ont profité du scandale des commandites, la sécurité était un des thèmes majeurs de leur campagne. Ils ont promis d’augmenter le budget de la défense et d’amender le code criminel pour les jeunes délinquants entre autres. Au Québec, on a créé des escouades policières mixtes pour s’attaquer aux motards et aux gangs de rues avec succès. Mais le fait que la sécurité prenne une grande place dans le discours des politiciens contribue à la croyance populaire que le crime est en croissance.

Je crois qu’une fois qu’on a des raisons de se sentir insécure, ce sentiment perdure et augmente parce que nous ne trouvons pas autour de nous des personnes qui peuvent nous protéger. On se retrouve seul face à l’adversité. À Montréal près de 50% des gens vivent seuls. Plusieurs ne connaissent pas leurs voisins ou à peine. Les réseaux sociaux traditionnels comme la famille et l’église ont moins de poids. Ceux qui habitent en dehors des grands centres, à la campagne ou dans les petites villes et villages ont un peu plus de chance. Ils peuvent vivre sans barrer leurs portes. Ils connaissent leurs voisins et les réseaux sociaux sont encore solides. Mais il suffit qu’un crime sordide très médiatisé survienne pour les entendre dire que dorénavant ils vont se barricader dans leurs maisons. Dans notre société éclatée la solidarité sociale ne peut plus nous protéger.

J’espère que nous trouverons bientôt un remède à ce sentiment d’insécurité qui pourrait devenir une maladie sociale assez grave s’il s’amplifie. Personne n’a envie de vivre dans une société paranoïde où chacun se  méfie des autres.